Cette nouvelle rubrique tend à vous faire partager tous les délires de Thiéfaine, relevés ça & là dans les coupures de presse, des conversations ( non privées, vous en conviendrez ), ou divers courriers ... Bonne éclate !

 

Mon cher Tony,

J'ai bien reçu ta lettre de confirmation pour Bercy le 11 décembre 98, mais j'ai été surpris de ne pas avoir reçu la lettre précédente me proposant cette date ! Le problème, c'est que ce jour là, je suis déjà pris par une animation au Géant Casino d'Aurillac avec Danièle Gilbert, et ne sais pas encore s'il est habile de changer Aurillac pour Bercy.

Comme prévu, la Sernam m'a livré cinq caisses de nouveaux musiciens et j'ai été très étonné de les trouver en kit ! J'ai dû les assembler moi-même et de ce fait perdu un temps précieux. Une fois branchés, ils avaient des drôles de gueules... Surtout les trois de Bretagne et les deux de Lorraine ! Comme les boites crâniennes étaient vides, je leur ai greffé une cervelle de mouton que j'ai maintenue fixée à l'aide de poumons de bouc, en m'inspirant de ce que j'avais vu dans l'île du Docteur Moreau. Maintenant ils font bêbê... Mais ils sont vraiment très vifs et ils courent déjà en posant des pièges à patineuses dans ma propriété de Ramatuelle.

En ce qui concerne les choristes, je pense qu'il serait préférable que je passe les chercher en voiture moi-même. Par ailleurs, j'ai reçu une lettre de Fred H., le rédacteur en chef d'une revue sur la vie des bêtes, qui me demande si je veux bien poser nu pour sa prochaine couverture. Je pense qu'il a bon goût et que c'est une excellente idée, mais est-ce bien nécessaire que je garde tous ces logos tatoués sur mes parties intimes ? De "Sony music l'a rêvé, Thiéfaine l'a fait" jusqu'à "RFM une radio encore", en passant par Disney channel, Eurosport, Adami, Spédiman, Prophyltex et le Conseil Général de Charente et Poitou, j'aimerais ne garder que celui du code avec mon numéro de sécu et cet autre avec les textes de mon prochain album.

A propos de ce prochain album, j'envisage de déposer un brevet pour une invention que je compte exploiter dès l'année prochaine ; invention qui devrait faire un grand boum dans le petit monde du commerce international de la musique populaire.

Il s'agit du premier Compact Disc à bec verseur. Le procédé est simple et tient à la fois des mathématiques quantiques et de l'alchimie classique à permutations moléculaires. Je résume : la finalité opérationnelle du concept consiste à transformer une émotion, un sentiment, une idée, voire une palpitation infime de transfert cérébelleux en ondes électriques mutines et virginales, avant de les permuter en pelotes chibreuses de matière.
J'ai déjà testé le procédé sur des bouquins et le résultat est époustouflant. Ainsi, avec un bec verseur sur un livre (prenons B.H.L, par exemple), on peut utiliser la philosophie contemporaine comme un canard W.C. ou un flacon de harpic. Toutefois avec le Compact Disc, le problème s'avère plus compliqué qu'avec un livre. Tout d'abord on est obligé de fabriquer le boîtier en aluminium, pour la bonne conservation à l'abri des miasmes et des regards indiscrets, ainsi que pour l'hygiène et le côté hermétique des chansons... Ensuite, la grande difficulté vient de la miniaturisation. J'avoue que le premier boîtier fabriqué par mes soins est à la taille d'un arrosoir normal pour jardinier moyen. C'est la vie ! Mais point je ne désespère.

Sinon, mon autobiographie avance à grand pas, mais j'ai encore changé mon lieu de naissance et à la place de Dole du Jura, j'ai préféré Dol-de-Bretagne. En effet, c'est beaucoup moins loin pour les vacances à la mer et je me suis souvenu que l'iode, c'est important pour les enfants qui veulent devenir chanteur. Sans compter qu'à Dol-de-Bretagne, t'as les huîtres à Cancale et la mère Poulard au Mont-Saint-Michel.
Je trouve aussi qu'une chanson telle que "La nuit j'entends le cri des huîtres qu'on égorge chez le mareyeur" est un titre beaucoup plus porteur que "La cancoillotte".
Par contre, dans la nouvelle version, tu t'appelles Tonyvon Carbonarec et c'est sur le campus de Carnac que je te rencontre, à l'ombre d'un dolmen. Rien n'est parfait.

Voilà, mon cher Tony, le train de mes dernières nouvelles... Mais ça sonne à la porte et je crois que c'est le nouvel apprenti du garagiste qui m'apporte un autre bidon d'huile de vidange pour mes hémorroïdes.

Je t'embrasse.

Hubert.

PS : Si à Bercy, je suis payé en liquide, je préfère que ce soit en Saint Julien 85 ou en Dom Pérignon 76. Surtout, évite les cuvées Baron de Rothschild. La dernière fois que j'ai mis le nez dedans, j'ai attrapé la tremblote du Mouton Cadet.

Lettre à Tony Carbonare - 1999 - HFT News

 

Cette nuit, j'ai rêvé qu'on m'avait cloué sur une croix avec des missiles sous les bras et que je survolais Bagdad. L'instant suivant, je bombardais le Géant Casino d'Aurillac pour sauver Danièle Gilbert, prisonnière des Géants Verts et des Kazoulets Saxifrages.
Mon conseiller juridique qui s'occupe de la gestion de mes rêves, m'a dit qu'il s'agissait d'un cauchemar érotique. L'érotisme étant évidemment suggéré par la croix volante !

J'ai également rêvé que je retournais à l'école et que j'étais durement sermonné par le prof de latin, parce que j'avais oublié mon cartable. Je me levais et me barrais en disant que je n'avais plus l'âge de m'emmerder avec l'école et qu'il fallait que je sois le soir même à Aurillac pour une distribution d'autographes à la sortie du Géant Casino.
Mon banquier qui s'occupe de la commercialisation de mes rêves, m'a dit que c'était un cauchemar récurrent et hautement obsessionnel chez moi, cette histoire de retourner à l'école et qu'il fallait absolument que j'en parle à mes attachées de presse, pour voir s'il n'y avait pas quelque chose à exploiter du côté des médias.

Sur le matin, j'ai encore rêvé que je roulais dans une jaguar type E, cabriolet, de couleur rose, dans un paysage de montagnes enneigées, sous un ciel immensément bleu. La neige était piquée d'une multitude de fleurs multicolores aux reflets de marshmallows. Sur le siège avant se trouvait le sac à main de Danièle Gilbert que j'avais dérobé à la sortie du Géant Casino d'Aurillac.
Mon confesseur qui s'intéresse plus particulièrement à l'éthique onirique de ma vie nocturne m'a conseillé de rendre le sac à main à Danièle Gilbert et de recapoter la voiture pour ne pas prendre froid.

Maintenant, alors que je repense à tous ce rêves, je me demande si, en fait, je ne culpabilise pas d'être passé à Bercy le 11 décembre 1998, plutôt qu'à Aurillac comme prévu.

Et Danièle Gilbert dans tout ça ?

Les étranges rêves de Monsieur Hubert (1999) - HFT News


L'oraison du Zèbre à raison funèbre


Le zèbre s'installa devant sa machine et commença à écrire : "ils ont fini par retrouver mon cadavre ; je l'ai lu, hier matin dans la presse locale. Il paraît que j'étais pendu à une poutre de ma grange avec un post-it collé sur le front. Le post-it annonçait de façon laconique et solennelle : "j'ai enfin arrêté de boire !"

Que la voix des bleus crucifériens des Anonymes s'élève, mes frères, afin de fêter cette nouvelle conversion !

Mais, revenons à la ligne. N'est-il pas écrit dans le livre des proverbes : "Pendaison - Bandaison" !

Pour ma part, j'aurais préféré en finir comme Hemingway ou Romain Gary, d'une bastos dans le Bernard Buffet. Malheureusement je suis tellement maladroit et si mauvais tireur que cette histoire se serait terminée inéluctablement aux urgences d'une clinique vétérinaire avec du 22 dans les rotules !

Ainsi va la vie !

Moralité : si vous n'aimez pas le vin, sucez des joints ou fumez votre chien et inversement, mais laissez les morts tranquilles ! Et surtout, n'essayez pas d'arracher son désespoir à un désespéré : c'est la dernière chose qui lui reste !

Sur ce, le zèbre débrancha sa bécane, se leva, rota d'une rare intensité et s'éloigna en claudiquant vers l'obscurité, un verre de Mandarin Curaçao à la main.

[sur la route entre Dijon et Nantes, le 13 octobre 1999]

Nota Bene 1 : pendant que je me relis à voix haute, Tony qui conduit à mes côtés, me dit : "Tu devrais rajouter un seconde moralité : "Que ceux qui aime le vin m'en dépendent.""

Nota bene 2 : avec les nouvelles voitures équipées de suspension variflex à étalage subordonné inversement électroniqué, on peut écrire sans trembler ! Sauf les lendemains de cuite, évidemment !

A votre santé !

Votre barman préféré, Hubert Félix Thiéfaine - HFT News


.../... l'inspecteur se remit une couche de rouge autour des yeux, et me demanda pour la troisième fois :
- Mais enfin, nom de Dieu, pourquoi chantez vous ?
- je chante pour m'éclaircir la voix, lui répondis - je; ça dégage le rhinopharinx et c'est bon pour les sinus
- et vous n'avez jamais songé à faire autre chose ?
Oh que si ! En fait, j'aurais voulu être journaliste sportif mais j'étais pas assez alcoolo pour supporter les matches .../...

( Extrait de son journal intime )

Je me suis assoupi un moment sur ma guitare et j'ai rêvé que je servais un canard laqué à une grosse blonde en porte - jaretelles qui se trempait la tête dans un bocal d'orteils au vinaigre ... Le train est arrivé, mais à peine ai - je eu le temps de charger mon emeu, mon castor et mon requin albinos qu'il était reparti ... J'étais désemparé sur le quai, assis sr un tonneau de trichlo, quand la directrice de la DDASS vint m'apporter la légion d'honneur sur une feuille de salade ... J'ignore encore si c'est une bonne idée de chanson ... Je vais continuer à chercher ...

( Extrait du journal de bar 17.11.99 / 01.01.01 )

- another rémy martin, mister Tifany ?
- oh yes, please, with pleasure ...
- here you are
- oh ! Thank you very much
- you're welcome ! .../... another else ?...
olives ? ... peanuts ? ...
- no thanks !
- what do you do in Paris, mister Tifany ? ... you look like an artist ...
oh ! no ! I'm sorry ... I'm the chief of the police !
- that's great ! ... another rémy martin, mister Tifany ?

- oh yes, please, with pleasure ...
- here you are

( Extrait du journal de bar 17.11.99 / 01.01.01 )